La Duchère - naturellement Lyon

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Interview de Laurent Monnier

Rencontre avec Laurent Monnier, Ginger CEBTP Démolition, maître d’œuvre de la démolition de la barre 220 de l’OPAC du Rhône

Ginger CEBTP Démolition accompagne l’OPAC du Rhône depuis septembre 2006 pour préparer la démolition de la barre 220. Pouvez-vous nous expliquer le rôle du maître d’œuvre sur une telle opération ?

Laurent Monnier : Notre intervention auprès de l’Opac du Rhône s’articule autour de deux missions principales. La première, en tant que maître d’œuvre, porte sur les aspects techniques du chantier de démolition : aide au choix du mode de démolition, intervention sur les réseaux, choix de l’explosif, livraison des terrains dans les meilleures conditions en fonction des utilisations futures… Notre deuxième mission concerne le jour du tir. Il s’agit de déterminer l’heure et le jour du tir avec l’ensemble des partenaires, coordonner les différents intervenants, définir les plans de déviation des transports en commun en lien avec le Sytral et organiser l’accueil des personnes évacuées.

La barre 220 étant démolie par implosion, pourquoi le chantier dure-t-il plusieurs mois ?

L.M. : Pour la barre 220, le chantier a débuté en juillet 2009 et se terminera en septembre 2010. Les travaux se déroulent en 7 étapes. Après avoir fermé et sécurisé le chantier avec des palissades, nous intervenons sur les réseaux pour les neutraliser ou les détourner et maintenir l’alimentation des bâtiments voisins. Nous procédons ensuite au désamiantage et à la dépose des matériels et matériaux (portes, fenêtres, tuyauteries, cloisons…), qui sont ensuite triés pour être recyclés. Puis, nous préparons la démolition en grignotant une partie des murs porteurs, les murs restants étant perforés pour recevoir les charges d’explosifs. Nous en sommes aujourd’hui à cette phase du chantier. Nous estimons qu’il faudra environ 380 kg d’explosifs, répartis en 1 430 charges indépendantes. A partir du mois d’avril, nous allons habiller le bâtiment de textile synthétique et de grillage pour éviter les projections au moment du tir. Le 19 mai, la barre 220 sera démolie par foudroyage : en moins de 5 secondes, l’immeuble s’affaissera du pignon Nord au pignon Sud grâce à plusieurs détonations successives.

Le jour du tir, il est prévu un périmètre de sécurité de 200 m autour de la barre. Quelle est la règle de calcul ?

L.M : Sur la base du plan de tir et avec toutes les protections installées sur le bâtiment, nous estimons que les projections ne pourront pas dépasser un rayon de 80 mètres. Néanmoins un périmètre de 120 mètres supplémentaires sera mis en œuvre dans le cas où une personne franchirait le barriérage. C’est le délai nécessaire pour permettre d’arrêter le processus technique du tir et ainsi assurer la protection de tous.

Pourquoi avoir choisi la technique du foudroyage ?

L.M. : Par rapport à une démolition par « grignotage », le périmètre de chantier est plus restreint. Cela permet de maintenir un accès permanent au centre commercial du Plateau et aux garages des copropriétés attenantes pendant toute la durée du chantier. Les commerces ne seront fermés que quelques heures le jour de l’implosion. Compétitive sur le plan financier, la technique du foudroyage est également moins douloureuse sur le plan émotionnel pour les habitants.

Y aura-t-il beaucoup de poussière lors de l’implosion de l’immeuble ?

L.M. : A 10 mètres à l’extérieur du bâtiment et sur toute la périphérie, nous installerons des boudins remplis d’eau. Au moment du tir, ces boudins seront projetés verticalement à l’aide d’explosifs afin de créer un rideau d’eau d’une hauteur de 25 mètres environ. Ce « piège à poussières » permettra de réduire de 70% la poussière générée par l’opération. Cette technique permettra aussi de limiter le nettoyage à réaliser sur les espaces extérieurs avant la réouverture du périmètre à la population. Ainsi, nous allons pouvoir rouvrir le périmètre seulement 1h15 après le tir, alors que pour la barre 210 (démolie en octobre en 2005), il avait fallu compter deux heures.

Que fera-t-on ensuite de tous les gravats ?

L.M. : Une fois l’immeuble démoli, il nous faudra déblayer 52 000 tonnes de béton. La moitié sera concassée sur le site pour servir de remblai. Le reste sera évacué hors du quartier pour servir à la construction de nouvelles plateformes. Sur cette opération, 98% des matériaux (bois, béton, ferraille, plastique, PVC) seront valorisés.


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